
SAÂDANE AFIF
ALEXANDRE APÓSTOL
ROSSELLA BISCOTTI
NICOLÁS PARIS
Geometrical Lessons
PARIS
EXPOSITION COLLECTIVE
06.09-04.10.2025
1. TEXTE DE L’EXPOSITION
Prenez place, le cours de géométrie va commencer. Mais ici, point de calculs ni d’exercices au tableau. Cette présentation propose de réinventer la géométrie comme un langage, un outil de déconstruction, de narration et de pensée critique. À travers une variété de médiums, les artistes de cette exposition, Saâdane Afif, Alexander Apóstol, Rossella Biscotti et Nicolás Paris, dépassent les usages académiques et esthétiques traditionnels pour révéler la géométrie comme une manière d’organiser le monde, un instrument de pouvoir, et aussi une porte d’entrée vers la création artistique.
Lors de la Biennale de Marrakech en 2014, Saâdane Afif a mis en scène une performance unique sur la place Jemaa El Fna : chaque soir, un professeur enseignait les bases de la géométrie en arabe à un cercle de passants curieux. Cette œuvre participative, mêlant savoir et spectacle dans l’espace public, explore la géométrie comme langage universel et outil de partage. De cette performance sont nés d’autres projets : une pièce de théâtre imaginant un monde où les habitants s’expriment en géométrie, suivie d’une série de sièges sculpturaux (la série des sièges heptaédriques) inspirés des formes abordées lors des leçons. Ces objets associent design, récit et abstraction mathématique et incarnent la démarche d’Afif, qui consiste à laisser circuler les idées, les formes et les histoires par-delà les frontières disciplinaires.
Une tension entre mesure et subjectivité traverse les tapisseries de Rossella Biscotti, où les grilles du tissage se mêlent à celles des recensements démographiques. Dans la série « Autre », l’artiste utilise des textiles Jacquard pour révéler les biais des systèmes de classification statistique. Chaque tapisserie traduit des données démographiques en formes et en couleurs, mais cherche surtout à rendre visibles les personnes invisibilisées par les recensements traditionnels : les familles et les individus vivant dans des structures d’hébergement dites institutionnelles, comme les centres d’accueil pour réfugiés, les hôpitaux psychiatriques ou les centres d’hébergement collectif.
Les graphiques « Autre (maison de 60 personnes) » et « Autre (maison de 44 personnes) » illustrent deux exemples de ce type d’habitat et représentent la répartition de la population : le bleu et le vert indiquent la proportion d’hommes et de femmes, tandis que les autres axes représentent l’âge et le nombre d’occupants. Ici, la géométrie est celle des données, structurée et graphique, mais aussi profondément politique, car elle révèle les angles morts des discours officiels.. L’ouvrage de Alexandre Apóstol explore la géométrie du politique, en se concentrant sur l’histoire électorale du Venezuela. Après la chute de la dictature en 1958, l’ouverture démocratique et la légalisation des partis politiques ont entraîné une prolifération de formations idéologiquement diverses. Chaque parti s’est vu attribuer une couleur et un symbole distincts sur les bulletins de vote, transformant ainsi le processus électoral en un paysage graphique dense et codifié.
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Dans l’exposition, deux séries d’œuvres mettent en lumière ces éléments visuels. Par ce geste, les bulletins de vote deviennent les vestiges d’une démocratie en déclin, où les partis ont progressivement perdu leur substance idéologique et la confiance du public.
Dans « que han desaparecido en la Democracia », Apóstol supprime tout texte, ne laissant subsister que les fonds colorés des bulletins de vote, tels des empreintes vides d’un passé politique disparu. Dans « Color is My Business », il prolonge cette réflexion à travers des panneaux monochromes qui condensent l’évolution idéologique de ces partis jusqu’à leur disparition. La force visuelle de ces œuvres est aussi captivante qu’interpellante : derrière une abstraction épurée, les marqueurs politiques se dissolvent, révélant les ambiguïtés d’un langage électoral esthétiquement séduisant mais vidé de son sens.
Au cœur de la démarche de Nicolás Paris se trouve une exploration des structures pédagogiques et des dynamiques d’apprentissage. Ancien enseignant en Colombie rurale, il a développé une pratique fondée sur la transmission, l’échange et l’expérimentation. Sa série Naturaleza Doméstica (butacas) fonctionne comme un outil pédagogique, à la fois ludique et mobile. La géométrie s’affranchit de son cadre institutionnel pour devenir fluide, organique et presque vivante. Le mobilier qu’il conçoit, délibérément instable et modulaire, évoque une géométrie du quotidien non figée, mais réactive aux gestes, aux usages et aux mouvements des corps. Dans Somos fermento, Paris met en scène un jeu géométrique où la vitalité imprévisible du vivant rencontre la précision humaine. Des tissus ayant servi à la fermentation du pain, marqués par des traces de pâte et de farine, conservent la mémoire d’un processus organique régi par le temps et le hasard. Étirés et redéployés sur la blancheur du papier, ils reçoivent une ligne nette et un encadrement précis, comme une seconde écriture. Entre fermentation spontanée et incision géométrique, l’œuvre devient un dialogue formel entre nature et culture. Ainsi, « Geometrical Lessons » n’enseigne pas la géométrie ; il en révèle les possibilités.




