
LAWRENCE ABU HAMDAN
LARA ALMARCEGUI
ALEXANDRE APÓSTOL
MARWA ARSANIOS
KADER ATTIA
MALO CHAPUY
TERESA MARGOLLES
Utopies architecturales
PARIS
EXPOSITION COLLECTIVE
23.11.2024-16.01.2025
1. TEXTE DE L’EXPOSITION
L’une des caractéristiques du Mouvement moderne, courant architectural hégémonique du XXe siècle, au-delà des considérations techniques, formelles ou matérielles, est sans aucun doute son aspiration à l’universalité et son ambition idéaliste de parvenir à une société utopique par l’urbanisme et l’architecture. Précisons d’emblée que ce rêve universaliste est né imprégné d’une perspective ethnocentrique et (post)coloniale qui, appliquée à des contextes extra-européens, a rapidement révélé un caractère hybride et hétérogène. Par ailleurs, il est frappant de constater qu’au fil du temps, les lieux où ce projet a été généralisé comme moyen de progrès et de prospérité économique se sont souvent révélés être des utopies vouées à l’échec. Dans son interprétation particulière du thème de la Renaissance de la « Ci à idéale », Malo Chapuy propose de réfléchir, à travers plusieurs exemples tirés de l’œuvre de différents artistes, sur la façon dont l’existence d’une modernité non contaminée n’était rien de plus qu’un instrument de propagande en défense de l’orthodoxie.
Les collages de Kader Attia sont le fruit de plusieurs années de recherche sur l’architecture moderniste et contemporaine et son rapport au passé. Ils révèlent la dépendance de l’architecture moderne à l’égard des constructions traditionnelles nord-africaines. Comme l’explique l’artiste, l’un des paradoxes de notre histoire contemporaine réside sans aucun doute dans la rencontre avec les cultures non occidentales et leur appropriation par le monde occidental. L’ancien espace colonial fut à la fois un terrain d’expérimentation pour les projets modernes et un terreau fertile pour l’inspiration. Mais si les premiers projets de logements sociaux, conçus selon les principes de l’utopie moderniste, s’inspiraient directement du contexte socioculturel des habitants, les productions qui suivirent, des années 1960 aux années 1980, négligeèrent l’équilibre entre ordre et émotion propre à l’architecture en béton. Il en résulta des milliers de logements disposés en grilles évoquant des prisons à ciel ouvert. Teresa Margolles a poursuivi cette réflexion lors de ses recherches sur l’architecture des banlieues de Palma de Majorque. Son intérêt pour les environnements urbains l’a amenée à identifier les quartiers de Verge de Lluc, Corea et Son Gotleu, construits comme logements sociaux pour les ouvriers sous la dictature du général Franco. Il s’agit d’immeubles et de quartiers construits avec un minimum de qualité et des dimensions réduites : des ensembles d’appartements sans balcon, sans végétation ni espaces de convivialité. Aujourd’hui, ces constructions abritent des communautés et des groupes de travailleurs marginalisés.
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En revanche, Alexandre Apóstol a consacré une grande partie de son activité à l’analyse de l’impact de l’utopie moderniste au Venezuela, l’un des cas d’étude les plus importants de ce phénomène en Amérique latine. C’est le cas des constructions inachevées, telles des squelettes, qui se dressent sur l’île de Margarita – une destination touristique autrefois florissante au large des côtes vénézuéliennes – comme un mémorial d’une économie pétrolière obsolète, où la grandiloquence, l’opportunisme et la corruption ont prospéré avant de s’effondrer. De même, Lara Almarcegu dresse la liste des roches et matériaux de l’île d’Ibiza et met en évidence le point de convergence entre l’économie du tourisme de masse et l’exploitation des ressources naturelles. Réagissant à l’aménagement d’une grande partie de la surface de l’île et à l’extraction de toutes les roches et argiles nécessaires à sa réalisation, l’œuvre vise à interroger les formes de développement durable face à la destruction du territoire. Enfin, Marwa Arsanios et Lawrence Abu Hamdan nous offrent une vision historique du Liban, fondée sur des éléments architecturaux de Beyrouth, transformés ou disparus. Arsanios s’intéresse à l’hôtel Carlton, bâtiment emblématique de l’architecture moderniste des années 1960, démoli en 2008. À travers différents supports, elle raconte l’histoire du bâtiment et sa symbolique, mais aussi des expériences personnelles vécues en son sein. De même, en comparant des images d’avant et d’après de plusieurs bâtiments, Abu Hamdan superpose deux périodes et relate la guerre civile et la reconstruction politique du pays.















