
PAZ ERRÁZURIZ
La vie devant soi
PARIS
SOLO SHOW
01.02.2025-01.03.2025
1. TEXTE DE L’EXPOSITION
Dans La vie devant soi, publié en 1975, Romain Gary raconte l’histoire de Momo, un jeune garçon arabe recueilli et élevé par Madame Rosa, une ancienne prostituée de confession juive, dans un quartier populaire de Paris. Le roman explore la relation profonde qui unit les deux personnages, loin des représentations familiales traditionnelles, et confronte le monde onirique de l’enfance à la dure réalité des populations marginalisées. Ainsi, plus qu’un simple clin d’œil à l’âge des artistes – toutes deux octogénaires – qu’elle entend faire dialoguer, l’exposition révèle ce qui unit les œuvres de Paz Errázuriz et Sylvie Selig : un intérêt commun pour l’altérité, l’étrange, la représentation des corps non conventionnels, ou encore la dénonciation des systèmes de domination et d’exclusion sociale.
Photographe chilienne autodidacte, Paz Errázuriz a débuté sa carrière dans les années 1980, sous la dictature militaire de Pinochet, à une époque marquée par une exacerbation des violences sociales et l’invisibilisation de certaines communautés. Ses portraits saisissants, souvent réalisés clandestinement, remettent en question les normes bourgeoises et mettent en lumière les minorités, notamment sexuelles et de genre. Dans des séries telles que Mujeres de Chile (1992) et Ropa Americana (2017), elle s’attache à représenter les corps dans toute leur diversité, loin des canons de beauté et des injonctions à la féminité véhiculés par les magazines de mode et la télévision. Des gros plans de visages marqués aux portraits de personnes non binaires ou en transition, ses images offrent un regard nuancé sur les identités et témoignent d’un engagement résolu dans la lutte contre toutes les formes de discrimination et d’exclusion.
Parfois, Paz Errázuriz va jusqu’à s’immerger pendant plusieurs mois dans des communautés nomades, comme ce fut le cas entre 1984 et 1988, lorsqu’elle suivit un cirque itinérant à travers le pays, ou quelques années plus tard pour sa série Los luchadores del ring (1989-1991) sur un groupe de lutteurs du nord du Chili. Avec son style documentaire intimiste, qui met en lumière la fragilité des artistes et subvertit les codes de la virilité, elle révèle les coulisses, ce qui se cache derrière le fantasme éphémère du spectacle, et crée des images qui intriguent par leur force évocatrice et leur qualité presque surréaliste.
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La même étrangeté se dégage des œuvres de Sylvie Selig, artiste française formée à la scénographie théâtrale en Australie dans les années 1950. Explorant sans relâche la complexité des relations humaines et les rapports de pouvoir, ses peintures et sculptures créent une atmosphère de conte de fées d’une fausse innocence, peuplée de créatures hybrides à l’allure inquiétante. En 2015, l’artiste a donné vie au premier membre de sa « Famille Bizarre », un groupe d’êtres fabuleux façonnés à partir de vieux mannequins de couture, de papier mâché et de matériaux recyclés, remettant en question la structure familiale traditionnelle et ses dysfonctionnements, et proposant une version alternative aussi grotesque qu’effrayante. Le corps meurtri, tourmenté, souvent représenté dans des positions vulnérables – entre la déformation de la douleur et l’expression du désir – occupe une place centrale dans la pratique de Sylvie Selig ; et plus particulièrement le corps féminin, abordé comme un enjeu de domination et d’émancipation. Les récits qu’elle développe dans ses peintures et broderies, allant des amours contrariées aux représentations d’une sexualité transgressive, cherchent à déconstruire les stéréotypes de beauté et de féminité.






