
BIANCA BONDI
A Temporary Shelter for Permanent Condition
PARIS
SOLO SHOW
31.01-05.03.2026
1. TEXTE DE L’EXPOSITION
Le titre de cette deuxième exposition personnelle chez Mor Charpentier, cinq ans après la précédente, distille l’essence même des recherches deBianca Bondi et tisse des liens thématiques qui façonnent et redéfinissent une grande partie de la pratique visuelle contemporaine, du néohumanisme à l’écologie en passant par l’écocentrisme émergent. A Temporary Shelter for Permanent Condition ne se contente pas d’évoquer ces terrains théoriques ; il les intègre et les transforme, repositionnant ainsi la pratique artistique de Bondi au sein de la contingence de la temporalité et, inversement, au sein de la signification de ce qui perdure, de ce que nous percevons comme permanent par rapport à notre propre existence.
Le titre évoque un texte de Rebecca Solnit – une des références majeures de l’artiste – intitulé « Now and Then » (Harpers Magazine, 2017), où Solnit définit le présent comme ce qui subsiste dans la mémoire de ceux qui sont encore en vie, ne se réduisant qu’à la disparition des derniers témoins directs d’un événement. Tant que ces témoins existent, affirme-t-elle, « le présent est plus vaste qu’il n’y paraît ». C’est précisément ce que suggèrent les œuvres de Bondi : des pièces qui circulent librement entre les échelles et les formats, explorant une beauté dissonante et vulnérable, faite d’éléments ancestraux, presque oubliés, qui habitent pourtant notre mémoire historique et ressurgissent dans notre présent. La coexistence des générations, de l’évolution et des histoires sociales et culturelles s’inscrit aussi bien dans les installations environnementales de Bondi que dans ses objets sculpturaux. Son travail dépasse l’écologie et l’écocentrisme, s’inscrivant dans la notion de « subjectivité nomade » théorisée par Rosi Braido : un mode d’être qui résiste aux identités figées. Ce nomadisme conceptuel décrit un sujet capable de traverser de multiples identités sans rigidité, toujours en relation avec d’autres entités – humaines et non humaines – et ancré dans la matérialité des corps et des conditions historiques.
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L’installation occupant la salle principale de la galerie se compose d’un paysage de sel soutenant une tente instable, elle-même maintenue par des branches de récupération, de la soie teinte à la main et cristallisée par des produits chimiques à base de sel, et des racines semblables à des stalactites, moulées à partir de branches de Salix tortuosa et serties de pierres précieuses. La tente est une demeure qui refuse la permanence ; elle ne se monumentalise pas. C’est un geste anti-architectural, une manière d’habiter qui rejette la solidité, la propriété, la verticalité. L’œuvre évoque la fragilité de l’enfance, les expériences de déracinement et le besoin primordial de créer un lieu de protection – matériel ou symbolique. Le sol de sel – élément essentiel de la grammaire matérielle de Bondi – est lui-même mutable : il absorbe lentement l’humidité de l’environnement, verdissant subtilement les branches au fil de l’exposition. Sur les murs apparaissent d’anciennes vitrines médicales, rappelant d’une part la logique taxonomique des premiers cabinets de curiosités, où nature et culture coexistaient sur un même plan ; d’un autre côté, elles font écho à leur rôle ultérieur d’espaces d’observation et d’expérimentation avec l’essor de la science moderne. Dans ces œuvres – qui contiennent des objets collectés lors des résidences de l’artiste en Arabie saoudite (2024) et à Rome (2024-2025), entre autres – Bondi réactive un dispositif ancré dans l’histoire du savoir et du collectionnisme, l’inscrivant dans un présent poreux où le cabinet de curiosités devient un paradigme d’exposition capable d’évoquer le désir, les archives, le colonialisme et une esthétique de la complexité. La seconde salle présente également des vitrines renfermant des éléments symboliques associés à du verre en fusion, des bols et des matériaux coulés. Fixé verticalement au mur, un lit – déraciné de sa fonction domestique et ramené à une verticalité qui évoque la Crucifixion, reprise par des croix suspendues accompagnées de bouquets inversés – donne naissance à un sentiment de bouleversement de toutes nos croyances.
